Soutenance de thèse
Université de la Polynésie française
Auditorium
Pôle Recherche
02 Déc 2025 07:00
02 Déc 2025 12:00
Non
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Description

Le Centre hospitalier de la Polynésie française se caractérise par une instabilité chronique de ses équipes de soins, marquée par un turnover structurel influencé par la réglementation statutaire du Pays et par l’insularité. Dans ce contexte, les équipes de soins sont fragilisées, ce qui impacte la qualité, la sécurité des soins et la continuité organisationnelle. Pourtant, elles parviennent à maintenir une forme de résilience. Ces collectifs de travail semblent faire preuve de vigilance collective, prolongeant une compétence collective comme ressource d’adaptation. Ce constat soulève trois interrogations centrales : la manière dont les équipes de soins s’ajustent, le rôle du cadre de santé et l’influence du contexte polynésien sur ces dynamiques.

Inscrite dans une posture constructiviste, cette thèse s’appuie sur une approche ethnographique centrée sur une étude de cas, menée au sein du principal établissement hospitalier du territoire. L’étude repose sur un corpus constitué d’observations participantes, de périodes de shadowing et d’entretiens semi-directifs. La démarche méthodologique suit une logique abductive visant à identifier les éléments influençant la vigilance collective, les ajustements collectifs et les logiques de régulation émergentes dans ce contexte.

Les résultats montrent que la vigilance collective s’inscrit dans l’ordinaire du travail, au croisement de trois types d’éléments (individuels, organisationnels et contextuels). Elle se manifeste selon des degrés d’intensité variables et dans des configurations que nous appelons constellations. Deux éléments transversaux se révèlent déterminants : la qualité des interactions entre professionnels et l’existence d’espaces informels, que nous proposons de conceptualiser comme des espaces de vigilance. Ces espaces jouent un rôle important dans la circulation des savoirs tacites, la transmission de la mémoire collective et le soutien des ajustements situés. Le rôle du cadre de santé apparaît comme un levier majeur pour renouveler cette vigilance collective, grâce à sa position intermédiaire, à ses connaissances contextuelles et à sa capacité à jouer un rôle de traducteur à la fois interculturel et organisationnel.

La thèse propose quatre contributions théoriques principales. Elle clarifie la notion de vigilance collective située, en montrant son ancrage dans un contexte instable et interculturel. Elle introduit le concept d’espaces de vigilance, croisant la dimension informelle et les modalités de transmission des informations. Elle met en évidence l’existence de constellations prédominantes, c’est-à-dire de configurations spécifiques d’éléments influençant la forme de vigilance collective. Enfin, elle souligne le rôle stratégique du cadre de santé dans la structuration de ces dynamiques. Ces apports invitent à repenser les conditions de fiabilité organisationnelle en contexte, au croisement des configurations humaines, des régulations situées et de l’ancrage territorial.

Composition du jury

  • Mme Sylvie CHEVRIER, Professeur à l’IAE Paris-Est, Rapporteur
  • M. Benoît GRASSER, Professeur à l’IAE Nancy, Rapporteur
  • Mme Rodica AILINCAI, Professeur à l’Université de la Polynésie française, Jury
  • Mme Marie-Eve LAPORTE, Maître de Conférences à l’Université Paris-Saclay, Jury
  • M. Hervé KOHLER, Maître de Conférences à l’Université de la Polynésie française, Jury
  • Mme Nathalie RAULET-CROSET, Professeur à l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne, Codirecteur de thèse
  • M. Damien Mourey, Professeur à l’Université de la Polynésie française, Directeur de thèse

Membres